Lorsque je regarde un film, je n’ai aucune distance émotionnelle. Je suis les personnages dans leurs coeurs. Je les ressens, je réfléchis comme eux. En traversant leurs sentiments, en vivant leurs dilemmes, leurs victoires et leurs chutes, j’ai grandi.
Le cinéma ajoute de l’expérience là où la vie n’a pas encore eu le temps de passer. Vivre un film, c’est entrer dans une histoire, prendre des décisions, ressentir les conséquences de nos actes, aimer, vieillir avec les personnages. Autant d’expériences dont on ne sort jamais tout à fait indemne.
Quand je traverse quelque chose d’intense, j’ai besoin d’aller au bout. Je ne sais pas faire semblant d’être léger. Surtout avec les sentiments dramatiques. J’ai besoin de creuser, jusqu’à ce qu’ils deviennent une leçon, ou une libération. La tristesse appelle la tristesse. Le chagrin appelle le chagrin. Le doute appelle le doute. Je soigne le mal par le mal, jusqu’à ce que l’émotion cesse d’être un poison et devienne une matière.
Le cinéma fait partie de mon univers de création. Il m’arrive de toucher au piano une émotion juste, un thème à potentiel, mais dont le destin reste encore flou. Il lui manque sa profondeur, sa vérité complète. Dans ces moments, je vais chercher ailleurs ce que mes doigts n’ont pas encore le droit de dire. Et parfois, un film arrive au bon moment, comme une porte qui s’ouvre dans l’obscurité. Je retourne au piano avec une gravité nouvelle. Tout se met en place. Les harmonies se posent. La musique retrouve sa direction.
Pendant la composition de mon quatrième album, j’ai regardé beaucoup de films marquants. Aujourd’hui, je veux vous en partager six.
L.A. Confidential – Curtis Hanson
Un film que j’ai vécu en immersion totale. L’amour y est charnel, interdit, dangereux. Le Los Angeles glamour des années 50 devient un décor à double fond, fascinant et cruel. Je l’ai regardé depuis ma chambre avec la ville sous les yeux, comme si la fiction et le réel se superposaient. Un film sur les illusions, sur ce que l’on désire, et sur le prix à payer parfois quand on s’en approche trop.
Brother & Hana-Bi – Takeshi Kitano
Le réalisateur Kitano est un cas à part. Il joue dans ses propres films, mais surtout, il incarne toujours une même ligne, une cohérence presque morale.
Entre Brother et Hana-Bi, les récits diffèrent, les contextes changent, mais j’ai eu le sentiment qu’il s’agissait du même homme, déplacé dans d’autres circonstances. Comme si Kitano explorait une seule trajectoire humaine, fragmentée à travers plusieurs vies.
Dans Brother, la violence n’est jamais spectaculaire. Elle est sèche, contenue, inévitable. Elle parle d’exil, de solitude, de loyauté jusqu’au bout, même lorsque tout est déjà perdu.
Dans Hana-Bi, l’histoire d’amour bouleverse par ce qu’elle ne dit pas. Une fidélité absolue, silencieuse, presque austère. Ici, l’amour n’a pas besoin de mots. Il se prouve par la présence, par le sacrifice, par une loyauté qui ne cherche aucune reconnaissance.
Phantom Thread – Paul Thomas Anderson
Un film sur un amour étrange, profond, presque dérangeant dans sa simplicité. Un amour qui n’est pas démonstratif, mais nécessaire. Qui se construit dans la dépendance et le contrôle. Ce film m’a marqué par sa manière de montrer que l’amour est un langage secret, incompréhensible de l’extérieur, mais vital pour ceux qui le vivent.
The Last Emperor – Bernardo Bertolucci
Le poids du monde posé sur les épaules d’un enfant. Un destin non choisi. Une solitude immense au cœur du pouvoir. Ce film m’a fortement marqué par son rapport au temps, à l’enfermement, à la perte de liberté. Et par sa musique, majestueuse, qui accompagne la chute et la dignité avec une force rare.
Atonement – Joe Wright
Il y a cette robe verte que porte Keira Knightley. Sublime. Elle ne m’a jamais quitté. Un symbole de désir, d’innocence, de bascule. Ce film parle de l’amour sous toutes ses formes, même quand le monde s’effondre. Même quand une erreur change tout. C’est un film sur le poids d’un geste, d’un mot, d’un regard. Et sur ce que l’on passe parfois toute une vie à essayer de réparer.
Ces films ont nourri mon imaginaire pendant la composition de cet album. Si vous les traversez à votre tour, vous entrerez un peu plus dans le monde de ce qui arrive.
Et si vous avez, vous aussi, des recommandations de films, n’hésitez pas. Je lis vos nombreuses réponses, et j’y puise souvent une inspiration.
Sincerely,
Sofiane Pamart
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Cher Sofiane,
Avant tout, permettez-moi de vous souhaiter, ainsi qu'à celles et ceux qui vous sont chers, une belle et heureuse année 2026.
Puisse cette nouvelle année être Santé, Bonheur et Paix !
Ensuite, je tenais à vous remercier de votre bienveillante attention, de votre gentillesse et de votre générosité.
Votre générosité ne fait aucun doute : que ce soit à travers vos missives bi-hebdomadaires dans lesquelles vous voulez bien partager avec nous, des moments, des expériences, des émotions vécus ; ou bien à travers vos récitals, durant lesquels il ne fait aucun doute que vous donnez tout. Non, en fait c'est bien plus que cela : vous nous offrez tout et ce, jusqu'au bout.
Je ne vous connais qu'à travers votre œuvre et vos missives.
On pourrait dire que c'est bien peu.
Mais cela m'est précieux.
Merci pour tout.
Fatimata
Je comprends totalement ce que tu décris. La non distance émotionnelle est mon quotidien 😄. Les films donnent une dimension à ta musique comme ta musique a donné l'émotion authentique et vibrante à mon livre "Le sens de la famille ". L'as tu lu ? J'aimerais tellement avoir ton ressenti 😊🥰... mon rêve serait complet 🙏