PLANET m’a fait voyager. LETTER m’a permis de vous écrire. NOCHE m’a plongé dans les mystères de l’obscurité. Trois albums où je me suis exprimé à travers les quatre-vingt-huit touches de mon piano.
La joie, le deuil, l’amour, l’aventure, la colère, l’émerveillement. Chaque émotion devait trouver sa place parmi les possibilités de mon seul clavier. J’ai appris à peindre avec ses couleurs, jusqu’au jour, il y a deux ans, où j’ai ressenti que mes idées débordaient de l’instrument.
J’ai alors ouvert une nouvelle porte vers un monde que je n’avais encore jamais exploré. J’ai voulu entendre ce que mes mélodies deviendraient si elles pouvaient respirer à travers les voix d’un orchestre symphonique.
Il m’a fallu des mois pour adapter mon langage musical. Des mois à étudier, à écouter, à comprendre comment chaque famille d’instruments dialogue avec les autres. Écrire pour un orchestre, c’est apprendre une nouvelle langue. L’orchestre est un monde en soi.
Il y a d’abord les cordes. Les violons, capables de chanter avec bravoure ou de trembler de douleur. Les altos, plus sombres, qui apportent une chaleur si singulière. Les violoncelles, dont le registre ressemble à une voix humaine, capables de pleurer comme de consoler. Et les contrebasses, qui ancrent tout, qui donnent à l’orchestre son poids, sa gravité.
Grâce à Lina, ma sœur violoniste, j’étais particulièrement sensible aux cordes. J’aime leurs mélodies lyriques, j’aime qu’elles occupent une place maîtresse au sein de l’orchestre.
Il y a aussi les flûtes aériennes, les hautbois mélancoliques, les clarinettes, de velours, les bassons ronds et chauds. Parmi les cuivres j’ai un faible pour les cors, majestueux. Dans mon écriture, les trompettes et les trombones colorent, renforcent la puissance, et les percussions interviennent pour faire basculer une émotion.
Chaque instrument a son rôle. Et le travail du compositeur, c’est de les faire converser et de se les approprier. Je cherchais ma signature orchestrale. Pour cela, j’ai compris que je devais désapprendre.
Au piano, je contrôle tout. Le toucher, la nuance, le tempo. Je suis seul maître à bord. Avec un orchestre, je dois faire confiance. Je dois imaginer ce que soixante-dix musiciens, chacun avec son histoire, feront de mes notes.
Il y a eu des nuits entières passées sur quelques mesures. Chaque décision compte. Une note de trop et l’ensemble devient lourd. Une voix absente et il manque quelque chose d’invisible mais d’essentiel.
L’orchestre impose l’humilité. Certaines de mes idées, aussi charmantes qu’elles me semblaient au piano, ne fonctionnaient pas une fois orchestrées. Et j’ai appris à les abandonner pour en trouver de meilleures.
Je me suis rendu une première fois au Rudolfinum à Prague.
Cette salle, construite à la fin du XIXe siècle, est un monument. Les murs sont habillés de boiseries et de dorures, le plafond s’élève comme une cathédrale, et l’acoustique possède une rondeur naturelle.
On a installé un dispositif de quarante-huit micros pour capturer l’ensemble des musiciens. Quarante-huit points d’écoute pour avoir la marge au mixage, pour retranscrire l’acoustique de la salle, pour que chaque pupitre existe sans écraser les autres.
Quand j’ai entendu l’orchestre jouer mes compositions pour la première fois, quelque chose s’est déplacé en moi.
Ces mélodies que j’avais imaginées seul prenaient soudain une ampleur que je n’avais fait que rêver. Les cordes respiraient. Les bois chantaient. Les cuivres ouvraient l’espace. Et le piano trouvait sa place au milieu de tout cela, entouré, porté, magnifié.
Je sais désormais penser l’orchestre.
Cet album contient des moments où le piano est seul, comme il l’a toujours été.
Et il contient des moments où soixante-dix musiciens l’accompagnent dans une conversation. Ces deux mondes coexistent. Ils se répondent. L’intimité et l’immensité. La goutte et l’océan.
Je suis reconnaissant, car cet album m’a demandé de grandir. De sortir de ce que je maîtrisais pour explorer de nouveaux timbres. D’accepter que le piano pouvait devenir le point de départ d’un voyage plus vaste.
Sincerely,
Sofiane Pamart
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Les quelques extraits entendus sur les réseaux m'ont déjà mis les larmes aux yeux... Tes compositions et ton piano seront sans aucun doute sublimé par tous ces instruments et âmes autour de toi 🤍
Merci Sofiane pour ce partage. Votre passion est contagieuse, j’aime vous écouter, mais aussi beaucoup vous lire.
On attend le mois d'avril avec impatience 🫠