Il y a quelques semaines, je vous ai partagé une première liste de films qui comptent pour moi. Vos retours m’ont donné envie de continuer.
Le cinéma fait partie de mon monde intérieur. C’est ma manière de stimuler ma création, de comprendre des sentiments que j’explore dans ma musique, de me débloquer quand je manque de clefs émotionnelles face à un morceau. J’ai commencé à composer dans l’espoir de raconter la bande originale de ma vie, de vos vies. C’est un volet si important de ce que je suis que je veux partager davantage avec vous des chefs-d’œuvre du septième art, en y mettant à chaque fois une touche personnelle.
Voici dix films qui m’ont bouleversé, et pour chacun, pourquoi.
In The Mood For Love – Wong Kar-wai
Deux personnes se croisent dans un couloir, encore et encore, et à chaque passage quelque chose grandit entre elles. Wong Kar-wai filme le désir par suggestion. Il ne montre jamais la scène qu’on attend. Il montre celle d’après, quand l’émotion est déjà passée mais que le corps s’en souvient. Ce film m’a appris l’élégance des non-dits, ce qui se raconte dans le silence.
Amadeus – Milos Forman
Bien sûr, il y a la rivalité entre deux génies. L’un adulé, l’autre rongé par l’admiration qu’il ne peut pas s’empêcher de ressentir. Mais ce qui me fascine dans Amadeus, c’est cette scène extraordinaire où Mozart écrit sa musique, et où le réalisateur parvient à raconter l’orchestre complet perçu dans son esprit.
Ce film permet de comprendre, même sans notions musicales, ce qu’est l’écoute intérieur d’un compositeur.
37°2 Le Matin – Jean-Jacques Beineix
La passion brute. Le feu. Une déflagration. L’amour ici ne se négocie pas, il consume. Béatrice Dalle incarne une énergie que je cherche dans certaines compositions : celle qui ne se contrôle pas, celle qui ne demande pas la permission. La beauté au bord de la destruction.
Devil’s Advocate – Taylor Hackford
Un film sur la séduction du pouvoir. Sur la manière dont le monde vous teste en vous donnant exactement ce que vous voulez. Le succès peut vous éloigner de ce que vous êtes. Garder les pieds sur terre même quand la vie se métamorphose entièrement est si important pour moi que je prends ce genre de films comme une leçon de vie.
City Of Angels – Brad Silberling
Un ange qui renonce à l’éternité pour ressentir. Pour toucher. Pour entendre. La scène où il sent la pluie sur sa peau pour la première fois m’a toujours hanté. Je pense à ça sur scène, parfois. Dans ma vie, je m’évade souvent dans mon imagination et jouer du piano, c’est choisir chaque soir de redescendre sur Terre.
Whiplash – Damien Chazelle
La recherche de la perfection poussée jusqu’à la douleur. La recherche du point de rupture d’où naît la grandeur. La violence du processus, l’exigence sans limite. Tant de scènes qui font écho à mon passé.
The Great Gatsby – Baz Luhrmann
L’excès comme philosophie. La démesure dans ce film est filmée avec une démesure égale. Mais derrière cet excès, ce que je trouve beau, c’est ce dont on est capables parfois pour plaire à une seule personne.
Edward Scissorhands – Tim Burton
L’artiste qui ne peut pas toucher le monde sans le blesser. Edward est un créateur par nature, il sculpte la glace, il taille les jardins, mais ses mains, son outil, sont aussi ce qui le sépare des autres. Je me suis posé la question de la solitude de celui qui crée. Est-ce que plus on donne de beauté, plus on s’isole ?
Memoirs Of A Geisha – Rob Marshall
La beauté comme armure et comme prison. Sayuri apprend à transformer chaque geste en art : un regard, un mouvement de main. Une grâce qui demande un travail acharné. L’élégance est une discipline, et derrière chaque instant de perfection, il y a des années de renoncement.
The English Patient – Anthony Minghella
Tout dans ce film est une blessure qui refuse de cicatriser. Les flashbacks arrivent comme des mélodies qu’on n’arrive pas à oublier.
Le temps n’est pas linéaire. Ni dans la vie, ni au cinéma, ni en musique. On croit que les choses se succèdent, qu’il y a un avant et un après. Mais ce n’est pas comme ça que la mémoire fonctionne. Un parfum, une lumière, quelques notes de piano, et vous voilà transporté dix ans en arrière, au milieu d’une scène que vous pensiez avoir oubliée.
Le temps ne défile pas. Il se replie sur lui-même, et les moments qui comptent vraiment reviennent toujours, dans le désordre, quand on ne les attend plus.
Sincerely,
Sofiane Pamart
✨ Read this publication in English → Piano Scenes



