Le changement de vie brutal, même quand il est positif, a quelque chose de vertigineux.
On se bat pour. On s’y prépare chaque jour. On espère, on manifeste, on prie. Et quand enfin, le succès arrive, plus rien n’est pareil. Le sol sous nos pieds change de texture. Les gens autour nous regardent autrement. Et pourtant, nous sommes les mêmes. Sauf que tout ce qui nous entourait a bougé.
J’ai eu cette conversation pendant des heures avec un ami, à Los Angeles. Lui aussi a vécu ce basculement. Il est athlète, il a atteint le plus haut niveau mondial de performance et de reconnaissance. Le genre de parcours qui force le respect. On s’est retrouvés à parler sans filtre, sans le masque que nos professions imposent.
Il m’a demandé si je me souvenais de ce que ça faisait d’être gamin et de ne rien avoir.
Quand les moyens manquent et que personne ne vous attend, il n’y a pas d’autre choix que de décider soi-même exactement ce qu’on veut. Une certitude s’impose, presque animale : il faut avancer pour survivre.
On a grandi dans des mondes éloignés, dans des disciplines distinctes, mais avec de nombreux points communs. L’impression d’avoir été différents depuis l’enfance. D’avoir vu le monde avec un décalage que personne autour de nous ne percevait. Et d’avoir transformé cette différence en carburant.
On a parlé de cette hargne de se lever chaque matin avec le désir brûlant de se donner plus que les autres. Personne n’allait le faire à notre place. Et chaque jour gagné à progresser, ne serait-ce qu’un tout petit peu, était un jour de plus nous rapprochant de cette nouvelle vie qui aurait pu ne jamais voir le jour.
Et puis, la conversation a changé de ton.
On a parlé de la perte. De comment un proche qui nous manque se fait ressentir encore plus fort à minuit, quand la ville dort tout autour et que les étoiles scintillent au-dessus des collines. De comment une victoire n’a plus le même goût quand la personne à qui vous vouliez le montrer n’est plus là pour le voir.
Il y a un avant et un après dans la vie de quelqu’un qui a connu la perte d’un proche. Le monde continue. Les journées défilent. Mais à minuit, seul, on ressent une absence qui ne se comble pas.
Est-ce qu’on mérite vraiment les bonnes choses qui nous arrivent ? Et si oui, est-ce qu’on mérite aussi les mauvaises ?
Je ne sais pas. Je ne crois pas que la vie fonctionne comme un système de mérite. Mais la question elle-même dit quelque chose de nous. Elle dit qu’on n’a jamais complètement fait la paix avec ce qu’on a reçu. Ni avec ce qu’on a perdu. Et peut-être que cette paix n’existe pas. Peut-être que vivre avec cette tension, entre la gratitude et le doute, entre la fierté et la culpabilité d’avoir survécu à sa propre histoire, c’est la preuve qu’on n’a pas oublié d’où on vient.
Dans mon prochain album, vous découvrirez le morceau qui cristallise cette conversation, ces réflexions. Il s’appelle Midnight In California. Il capture musicalement les pensées de ceux dont le destin a été bouleversé par une ascension fulgurante et les questions qui persistent quand les lumières s’éteignent.
Sincerely,
Sofiane Pamart
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Bonsoir, je viens de lire ces lignes qui résonnent en moi bien plus que vous ne pensez... Je vous ai rencontré la première fois j'étais perdue, ma vie n'était qu'une multitude d'épreuves. Et le fait même que je sois là, ce jour de concert a été pour moi une véritable révélation ! J'ai adoré cette certaine " liberté" . C'était mon choix, je faisais quelque chose pour moi... Ce fût un moment de partage inouï et vos musiques m'accompagnent depuis... Dès que je perds pieds, dès que trop de questions m'obsède vos musiques me permettent de revenir à ce moment présent et automatiquement j'arrive à me débarrasser de tout ces doutes car j'ai choisi pour moi, et le quand dira t'on ne m'appartient pas... Grâce à votre univers j'ai réussi à me créer mon cadre, mes choix de vie , à me respecter et surtout commencer à aimer ce que je deviens... Je n'ai qu'un mot merci... Christine
Joliment écrit et décrit Sofiane. Savourez ce succès mérité.