Il y a des œuvres qui mettent des années à naître. Des mois à explorer, des semaines à avancer à l’aveugle, des nuits à douter, à recommencer, à tout jeter au feu et à chercher dans les cendres ce qui a survécu. L’artisanat repose sur une croyance : que le temps passé à bâtir n’est jamais perdu. Que ce qui se construit lentement porte en soi quelque chose que la vitesse ne pourra jamais reproduire. Un geste lent dans un monde qui ne l’est plus. Cette discipline dans la patience, aujourd’hui, est devenue un acte de résistance.
Le monde court à toute allure. Qu’est-ce que cette vitesse nous enlève ? De la paix. Cette paix intérieure dont on a besoin pour ressentir vraiment les choses, pour laisser une émotion s’installer, se déployer, nous traverser. On court d’un moment à l’autre en prenant le risque de n’habiter aucun d’entre eux. On consomme sans digérer, on accumule des expériences sans les vivre pleinement. Et au bout d’un moment, on ne sait même plus si ce qu’on ressent est à nous ou si c’est le bruit du monde qui résonne à notre place.
Quand vous êtes-vous offert ce moment pour la dernière fois ? Un moment que vous avez choisi, où vous avez décidé de faire le vide, d’imposer le calme, de vous écouter à l’intérieur. Un moment pour vous, pleinement, sans partage. Un moment où l’esprit cesse de se précipiter, où le corps se pose.
J’aime attendre un film pendant des mois. Le premier teaser, l’annonce du casting, les premières images volées sur un plateau… J’aime préparer la grande arrivée. Je choisis le bon soir, la bonne salle. Je protège ce moment. Je m’y prépare parce que je sais que la manière dont je vais recevoir une œuvre fait partie de l’expérience. L’état dans lequel on accueille l’art change ce que l’art nous donne. Et ce moment, le premier, celui de la découverte, n’arrive qu’une seule fois. Il disparaît aussitôt vécu.
J’ai décidé de ne sortir aucun single avant la sortie de mon quatrième album. Je le fais par conviction. Cet album a été composé comme une seule œuvre, un seul souffle, un seul voyage. Comme au cinéma. Chaque morceau existe en fonction de celui qui le précède et de celui qui le suit. Une fois découvert entièrement, vous pourrez choisir vos titres préférés. Mais pour la première écoute, chaque morceau doit être découvert dans son contexte. Chacun vous met dans un état émotionnel qui rend plus réceptif au suivant.
En avril, je vous demande de l’écouter entier. Du premier morceau au dernier. Dans l’ordre. Sans interruption. Offrez-vous ce moment.
Choisissez le bon endroit, la bonne disposition. Faites de cette écoute un rendez-vous avec vous-même. 63 minutes de musique. C’est le temps qu’il me faut pour vous raconter tout ce que les mots seuls ne peuvent pas dire.
Sincerely,
Sofiane Pamart
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Je me reconnais tellement dans tout ce que tu as écrit … choisir le bon moment pour découvrir une œuvre que l’on a attendu un certain temps ou un temps certain et le jour où l’on est dans de bonnes dispositions pour l’écouter, l’écouter de la 1ère track à la dernière, sans interruption 😁
Bonsoir Sofiane. 63 minutes de piano, quelle détente. Quel plaisir de vous écouter.