L’homme compose depuis des siècles et pourtant, il parvient toujours à repousser ses propres limites, à se renouveler, à mélanger des genres et des sonorités qui n’étaient pas prévus pour se rencontrer. Cette infinité d’options rend la composition à la fois belle et vertigineuse.
Parce que créer, c’est choisir. Dans un océan de possibilités, sans repères, c’est la noyade assurée. Ce qu’on appelle page blanche est en fait une page bien trop pleine. Elle contient tout ce qui pourrait exister, et c’est précisément ce qui nous paralyse. Ce n’est pas le manque d’idées qui empêche de créer, c’est leur surabondance.
Alors, quand je commence une nouvelle démarche créative, la première question que je me pose c’est : avec quelles couleurs vais-je peindre ?
Voyez le compositeur comme un peintre. Sa toile, c’est le temps. Ses couleurs, ce sont les sons. Et comme un peintre qui choisirait sa palette avant de toucher la toile, je choisis mes instruments, mes textures, mes limites. C’est ce choix initial qui donnera sa signature à l’album. Les mélodies viennent après, une fois le cadre installé.
Les couleurs les plus visibles en musique sont les instruments. Piano seul ? Orchestre ? Voix ? Et les voix. Je suis tellement admiratif des voix. De la manière dont on peut les travailler, les sculpter, les pousser. Et du hasard, aussi. La voix est le seul instrument qu’on ne choisit pas. On naît avec. On ne décide ni de sa tessiture, ni de son grain. Mais on peut passer une vie entière à la façonner, à en révéler ce qu’elle portait en silence depuis le début.
Chaque choix d’instruments ouvre un monde et en ferme dix autres. C’est le principe même de la création. Renoncer au plus possible pour qu’il ne reste que ce qui est vraiment nécessaire.
Et puis, il y a les choix cachés. Ceux que le public n’entend pas consciemment mais qui se ressentent. Les suites d’accords, les formules d’accompagnement, la durée des thèmes, la manière dont on les fait varier... C’est là, dans ces décisions secrètes, que se construit une identité musicale.
Je crois profondément à cette discipline du choix. J’y crois au point de m’être imposé, pendant trois albums, une seule couleur : le piano. Rien d’autre. Par conviction. Le piano seul m’a appris à grandir à l’intérieur d’une contrainte, à explorer la profondeur sans me disperser. Il m’a donné d’immenses possibilités en même temps que de véritables limites. Et c’est cette tension entre les deux qui a forgé ma signature.
Mais tout a changé dans ma vie. Avant, je ne pouvais peindre qu’avec les couleurs qui m’étaient accessibles. Aujourd’hui, elles me sont toutes disponibles. Un orchestre complet, un chœur… ce qui n’existait hier qu’en rêve est aujourd’hui à portée de main. C’est magnifique. Je me suis battu dans l’espoir d’être un jour dans cette position, d’avoir de nouveaux moyens d’expression. Et c’est vertigineux. Quand tout devient possible, le risque de se perdre est immense. C’est valable en musique autant que dans la vie. La liberté totale est l’ennemi de la clarté. Il faut se concentrer encore plus fort pour ne pas se disperser. Beaucoup se sont perdus parce qu’ils avaient accès à tout.
Ça a été le principal enjeu de mon nouvel album. Utiliser de nouvelles couleurs pour donner une autre portée à mon propos. Au bout de deux ans de recherches, j’ai réussi et j’en suis très fier.
Cet album a une patte différente des trois premiers. Mais quand vous l’entendrez, je crois que vous me reconnaîtrez. Parce que la palette de couleurs a changé, mais la main qui peint est restée la même.
Sincerely,
Sofiane Pamart
✨ Read this publication in English → Piano Scenes




Sofiane vous êtes un grand poète de la musique vivement le mois d’avril 🙏🏻😊
Sofiane, vous n’êtes pas qu’un pianiste doué, vous êtes aussi un poète.