Je suis pudique quand il s’agit de parler d’amour.
Heureusement je peux dire beaucoup de choses au piano en gardant du mystère. Le piano permet ça. Il expose sans exhiber. Il touche sans effraction.
L’amour est partout et explique tout. Un manque d’amour d’enfant que nous recherchons adultes. Une quête de reconnaissance. Une volonté de se venger d’avoir eu le cœur brisé. Le désir de construire et d’améliorer, quoi qu’il arrive, une relation dans laquelle on s’est engagés. L’amour est un sujet que chacun s’approprie, interprète selon son vécu, ses expériences intimes. C’est ce qui rend, dans le couple, la communication si importante et si difficile à la fois.
Deux personnes peuvent s’aimer sincèrement et ne pas se comprendre. L’une donne, l’autre ne sait pas recevoir. L’une attend, l’autre ne sait pas venir. L’une demande des mots, l’autre offre du silence. Et le silence, dans l’amour, est le pire terrain d’interprétation. On y projette ses peurs, ses blessures passées. On transforme l’absence de réponse en réponse. On construit des conclusions entières à partir de rien.
Il y a des gens qui aiment en donnant tout, comme on verse un océan entier dans les mains de quelqu’un. Et quand les mains débordent, quand l’autre recule sous le poids de ce qu’il reçoit, celui qui donne se retrouve seul avec sa générosité. Épuisé d’avoir offert ce qu’on ne lui avait pas demandé. Blessé de s’être trop livré.
Et puis il y a ceux qui voudraient aimer mais qui ne savent pas comment. Ce n’est ni de la froideur, ni de l’indifférence. C’est une incapacité à trouver le geste juste. L’émotion est là, mais entre le cœur et l’expression, quelque chose bloque. La peur de mal faire. La peur d’ouvrir une porte qu’on ne pourra plus refermer. La peur que l’autre, une fois qu’il aura vu l’intérieur, décide de s’en aller.
C’est peut être ça, le vrai drame de l’amour. La lutte pour traduire ses sentiments dans la langue de l’autre. On parle d’amour comme s’il existait un mode d’emploi. Comme si aimer était une compétence qu’on maîtrise à force de pratique. En réalité, on plonge dans une relation chacun avec sa propre grammaire, sa propre logique, ses propres définitions. Ce que l’un appelle amour, l’autre l’appelle dépendance. Ce que l’un appelle liberté, l’autre l’appelle abandon.
Est-ce qu’on a la patience d’apprendre la langue de l’autre ? Est-ce qu'on continue à donner ce que l'autre n'est pas en mesure de recevoir, ou est-ce qu'on s'offre à soi-même ce qu'on a toujours attendu ?
On peut montrer la direction, donner des repères, poser des mots. Mais au fond, c’est à l’autre de faire le chemin. Et en même temps, l’autre fait ce qu’il peut, avec ce qu’il sait. Et ça ne suffit pas toujours.
Le mois prochain, vous découvrirez dans mon album un morceau qui porte ces questions. Il s’appelle How To Love. Il capture cette tension entre deux êtres qui veulent sincèrement s’aimer et la difficulté immense d’y parvenir. C’est un morceau sur l’effort d’aimer. Sur cette conversation que tout le monde a eue au moins une fois, où l’on réalise que vouloir aimer ne suffit pas, qu’il faut encore trouver comment.
Sincerely,
Sofiane Pamart
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Que cette analyse est belle et juste. Vous savez m'émouvoir par vos notes et là, vous m'avez émue par vos mots.
Quant à la pudeur, c'est pour moi la plus belle des qualités, même si elle peut parfois être perçue comme de la froideur, voire de l'indifférrence.
Merci pour vos partages.
J'aime vous lire. Vous si pudique sur scène aussi.
Être pudique dans cette situation est pour moi une qualité. Une délicatesse, du respect. L’inverse est une fausse image.