On pose les émotions avec les médiums dont on dispose. Un photographe a la lumière. Un danseur a son corps. Un sculpteur a la matière. Mais il y a un médium que nous connaissons tous : la langue que nous parlons.
Chaque langue porte avec elle un monde entier. Ses sonorités, sa culture, sa manière propre de raconter le réel et l’invisible. Il y a des émotions qui n’existent que dans les langues qui les ont vues naître.
Le portugais a inventé un mot, saudade, pour désigner une nostalgie douce, le sentiment d’absence de quelque chose ou de quelqu’un qu’on a aimé, et dont la trace continue de vibrer en soi. Quand Elis Regina chante O Que Tinha De Ser, quelque chose passe dans la voix qui dépasse le texte. C’est la langue elle-même qui vibre, avec ses voyelles ouvertes et sa douceur mélancolique.
Quand Feiruz chante Wahdon, l’arabe fait résonner chaque syllabe comme un appel lancé depuis très loin. La langue porte une profondeur qui semble relier celui qui parle à quelque chose de plus grand que lui. Quand Ana Belén chante Lía, l’espagnol brûle. Quand Brel chante Ne me quitte pas, le français permet de supplier en gardant sa dignité. Quand Melody Gardot chante Burying My Troubles, l’anglais va droit, et nous bouleverse sans détour.
Chaque langue ouvre des portes que les autres ne connaissent pas. Et chaque artiste, en choisissant la sienne, choisit aussi ce qu’il pourra dire et ce qui lui restera inaccessible.
Et puis il y a la musique sans paroles.
Rachmaninov a écrit sa Vocalise Op.34 No.14 pour une voix qui ne prononce aucun mot. Du début à la fin, la cantatrice chante sur une seule voyelle. Sans texte, cette pièce raconte l’amour, le regret, l’espoir, l’adieu.
Depuis mon piano, je peux dire ce qui existe avant les phrases, avant les explications. Je peux dire ce que j’ai sur le cœur sans ôter la timidité qui le recouvre. Je me protège tout en révélant tout.
Il y a un morceau dans mon prochain album MOVIE qui dit des mots d’amour, des promesses qu’on n’ose pas dévoiler par pudeur. Des mots trop lourds à porter seul et qui en même temps ne peuvent pas être dits. Ils pourraient faire peur. Ils pourraient nous mettre en danger.
Come With Me Tonight est le morceau numéro 16 de MOVIE. Une œuvre de piano solo. Une invitation amoureuse à l’aventure qu’on n’ose pas formuler à voix haute. Le morceau oscille en permanence entre la lumière et la mélancolie. Comme dans les pensées quand on espère quelque chose très fort et qu’on a peur que ça ne se réalise pas. On ne sait plus sur quel pied danser. Par amour, on espère. Par amour, on s’inquiète. La mélodie avance comme une main tendue dans l’obscurité. Elle traduit ce balancement entre ce que l’on pourrait faire vivre à l’autre et la crainte que l’invitation ne soit pas honorée, qu’elle ne soit pas dite au bon moment, qu’elle ne soit pas reçue comme elle le devrait.
La fin du morceau est une nostalgie. La crainte de ne jamais vivre ce qui pourtant serait si beau. Ce qui ne peut être ressenti d’aucune autre manière qu’en le partageant avec l’être aimé.
Le 17 avril 2026, quand il sera entre vos mains, je me demande si vous entendrez ce que j’ai voulu raconter ou si une tout autre histoire naîtra en vous.
Sincerely,
Sofiane Pamart
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Encore bravo Sofiane 👏🏻
Vendredi à Barcelone c’était magique
J’ai hâte d’entendre tes nouvelles mélodies 🥰
Sofiane vous êtes un poète mille mercis j’ai hâte de recevoir votre chef-d’œuvre et de l’écouter en boucle comme les précédents albums un grand bravo 😊😘